La protection de votre propre santé
À l'intention des familles dont un membre est atteint d'une maladie
mentale
Introduction
Trop souvent, les proches d'une personne atteinte d'un trouble du cerveau
négligent leur propre santé. Ils sont si étroitement
liés à ce problème, sur le plan affectif, qu'ils
ne se rendent pas compte des contraintes extraordinaires que cela leur
impose. Ce feuillet a été réalisé à
partir d'idées présentées par des familles du monde
entier.
Les étapes successives décrites dans ce feuillet sont celles
que doit franchir quiconque se voit atteint d'une maladie grave. D'abord,
c'est l'incrédulité et le refus de l'évidence, suivis
de près par le blâme et la colère. Quand une personne
se voit atteinte d'un trouble mental tel que la schizophrénie,
ses sentiments et ses émotions ne changent pas tellement. La différence
est le temps nécessaire pour reconnaître la présence
d'une maladie mentale et le besoin de se faire traiter.
Nous espérons que les quelques idées proposées ici
aideront les familles à comprendre que les sentiments de perte,
de blâme et d'abattement sont tout à fait normaux et qu'il
existe des moyens de surmonter ces obstacles avec le temps.
Le refus de l'évidence
En présence d'un diagnostic de schizophrénie chez un être
cher, la majorité des gens passent par une période de refus
de l'évidence. Cela rend les choses très difficiles pour
les autres membres de la famille. Tous les efforts qu'ils peuvent faire
au nom du " patient " peuvent se trouver en butte à l'opposition
d'un membre de la famille qui n'accepte pas le diagnostic. Faire tomber
les défenses de ce membre de la famille, qui se cache derrière
son refus de reconnaître la présence d'une maladie réelle,
peut s'avérer difficile et pénible. Des disputes peuvent
survenir et perturber davantage l'ordre familial.
Il n'y a pas de solution facile à ce problème, si ce n'est
de s'assurer que chacun est renseigné sur la schizophrénie,
de manière à pouvoir reconnaître certains événements
survenant dans la famille comme potentiellement liés à la
maladie. Il se peut que le temps soit le remède nécessaire
à l'acceptation, même en présence de bonnes connaissances
et d'un soutien convenable.
Le blâme
Les familles se lancent souvent à la recherche d'un bouc émissaire
sur qui rejeter la responsabilité du problème. L'un d'eux
est souvent le médecin ou le psychiatre. Parfois, c'est la personne
affligée elle-même qui devient la cible des blâmes.
Plus chacun accepte rapidement que le vrai ennemi, c'est la maladie mentale
elle-même, plus les membres de la famille peuvent commencer dès
que possible à travailler ensemble à la guérison
de l'être cher.
La honte
Pour vous débarrasser des sentiments de honte, vous devez vous
demander comment vous perceviez les maladies mentales avant que cela ne
vous arrive. Si votre attitude en était une de compassion, vous
n'avez probablement pas de problème de honte. Mais, si la maladie
mentale vous faisait peur ou vous mettait dans un état de gêne
extrême ou même d'horreur, vous aurez du mal à surmonter
vos sentiments de honte. Rappelez-vous : il y a une trentaine d'années,
les gens éprouvaient de la honte si un parent était atteint
du cancer. On en parlait à voix basse parce que les gens étaient
effrayés ou horrifiés. Pourtant, de nos jours, plus personne
ne se sent honteux vis-à-vis du cancer. Grâce à une
plus grande sensibilisation, une meilleure compréhension et de
solides connaissances médicales, la société en est
venue à accepter cette maladie aux effets dévastateurs.
Avec le temps, la même chose se passera pour la schizophrénie.
Il se peut que vous pensiez que vous ne pouvez dire à personne
qu'un membre de votre famille est atteint de schizophrénie. Malheureusement,
les tentatives de cacher la réalité ou d'utiliser des subterfuges
n'auront pour effet que d'aggraver un problème qui est lui-même
déjà bien assez difficile. Confiez-vous à vos amis
intimes parce qu'ils sauront vous offrir leurs sympathies et leur soutien.
Il est parfois difficile de trouver les bons mots pour dire les choses.
Parler de la schizophrénie comme d'un " dérèglement
mental " ou d'un " trouble de la pensée " permet
d'ouvrir la porte à des explications si vous avez de la difficulté
à utiliser le mot. Présentez quelques-uns des symptômes.
Vos amis voudront savoir, comme cela a été le cas pour vous,
ce qu'est la schizophrénie. Vous pourriez vous joindre à
un groupe d'entraide où vos problèmes seront traités
en toute confiance, où vous pourrez parler librement de vos expériences
et de vos peurs.
Dans de nombreux pays, les organismes familiaux axés sur la schizophrénie
offrent un service téléphonique de secours où vous
pouvez présenter votre situation. Cette même source peut
aussi vous donner des renseignements. De plus, le Web offre la possibilité
de " bavarder " avec les autres.
La culpabilité
Il est naturel que, lorsqu'un membre d'une famille se voit frappé
d'une maladie, ses proches se demandent comment cette maladie est apparue.
La différence, s'il s'agit d'une maladie mentale, c'est que la
société a, pendant très longtemps, cru à tort
qu'elle était liée à la vie de la famille ou à
des événements passés. Pour cette raison, les gens
passent trop de temps à se demander comment ils pourraient en être
responsables, de quelque façon mystérieuse. On peut douter
que les familles soient capables d'éviter ce questionnement personnel,
mais il est important de dépasser rapidement cette réaction
initiale.
En écoutant des personnes renseignées, dans le contexte
d'un groupe d'entraide (la WFSAD peut vous donner des choses à
lire là-dessus ou vous mettre en rapport avec un groupe local),
en regardant des documentaires ou en écoutant des émissions
de radio sur la schizophrénie, et en parlant à d'autres
familles aux prises avec des problèmes semblables, vous vous rendrez
compte qu'il ne faut pas vous blâmer vous-même. De plus en
plus, la recherche révèle que la schizophrénie est
une maladie biologique affectant le cerveau et que sa cause demeure inconnue.
Il arrive souvent, particulièrement entre frères et surs,
qu'une personne se sente coupable. Il est difficile de se réjouir
de ses propres succès - un premier emploi, l'université,
des relations amoureuses - alors que son frère ou sa sur
ne connaît rien de tout cela. Paradoxalement, le fait de se laisser
toucher par ces choses peut réduire sa propre valeur personnelle.
Vos parents pourraient ne pas valoriser vos réalisations personnelles
parce qu'il ne veulent pas troubler la personne qui est malade. Le soutien
de vos bons amis devrait vous aider à vous redonner votre sens
d'estime personnelle et votre capacité d'éprouver de la
fierté pour vos succès. Les parents ne doivent pas négliger
leurs enfants bien portants.
La colère
Il est tout à fait naturel que vous vous sentiez très perturbé(e)
quand un diagnostic de trouble mental vient confirmer vos soupçons.
Vous devez comprendre que la colère ressentie peut être dévastatrice
pour les membres de votre famille aussi bien que pour vous-même.
Vos proches devront d'adapter à un milieu plus stressant.
Quand la colère et la douleur deviennent trop fortes, trouvez
moyen de vous libérer de ces sentiments de la manière la
plus inoffensive possible, en dehors du cadre familial. Des activités
physiques vigoureuses sont une bonne façon de décharger
ces émotions. Dans un cas, un membre de la famille d'un malade
a acheté un punching bag d'occasion et l'a suspendu dans le garage.
Un autre se rendait en voiture dans un lieu éloigné et hurlait
à pleins poumons pendant plusieurs minutes pour libérer
la tension accumulée. Un autre proche, qui aimait le squash, s'assurait
d'aller jouer chaque fois qu'il était aux prises avec l'anxiété.
D'autres proches prennent simplement l'habitude d'aller faire de longues
promenades ou de la course. Tout le monde devrait être capable de
pleurer, une façon naturelle dont dispose l'organisme pour réduire
la tension.
Personne n'est parfait. Il y aura des moments où votre colère
transparaîtra et où vous passerez vos frustrations sur la
personne malade en élevant la voix. On regrette souvent amèrement
les choses dites sous l'influence de la colère. Essayez de rester
maître de vos émotions.
L'acceptation
Le fait d'accepter sa maladie est souvent interprété comme
un signe d'abandon de la lutte. Cela suggère une attitude de résignation.
Les personnes à qui on a annoncé un diagnostic de trouble
mental ont tout naturellement tendance à se sentir incapables d'accepter
ce diagnostic.
La reconnaissance d'un trouble mental signifie d'abord la prise de conscience
de la stigmatisation et de la peur qu'il suscite dans la société.
Si vous acceptez ce que disent les gens sur la présence prolongée
de la maladie, vos espoirs de guérison sont compromis. Les familles
continuent parfois à poursuivre les mêmes objectifs pour
leur proche malade, en dépit des limites que leur maladie peut
leur imposer. La famille, tout autant que la personne concernée,
doit être consciente du caractère débilitant des symptômes
de la schizophrénie, tout en conservant l'espoir.
Une fois qu'on y arrive, les moindres signes de guérison peuvent
susciter l'optimisme et la joie. Il faut être patient. Vous pouvez
comprendre qu'il vous faut accepter l'inévitable, mais mettre beaucoup
de temps à réellement accepter cette réalité.
Le fait d'être bien renseigné sur la maladie peut aider la
famille à comprendre et à commencer à accepter. Lisez
les excellents livres qui existent sur le sujet (voir notre liste de suggestions).
L'acceptation ne veut pas dire l'abandon de l'espoir. Cela veut dire que
vous réduirez les frustrations dont la source réside dans
le fait de se fixer des objectifs non réalistes.
La joie
Il est difficile d'apprécier même les bons moments. Il semble
parfois qu'il n'y a pas de bons moments. Nous sommes si occupés
à essayer de répondre aux besoins de notre malade que nous
nous sentons vidés. Certaines familles ont découvert qu'en
mettant différents aspects de leur vie dans ce qu'on pourrait appeler
des " compartiments ", elles peuvent se garder des moments de
joie. Elles se forcent donc à ne pas se préoccuper du lendemain,
de façon à pouvoir jouir du moment présent.
Beaucoup de familles sont conscientes de l'importance d'avoir un bon
sens de l'humour dans les moments difficiles. Le rire est thérapeutique,
pourvu que les gens rient tous ensemble. Des périodes de temps
à l'écart du malade aident à " recharger la
batterie ". Il se peut que les membres de la famille aient l'habitude
de toujours passer les vacances ensemble. Mais, si cela n'est plus possible,
maintenant, chaque membre de la famille doit s'assurer d'avoir des moments
de loisir libres de tout souci.
La prise en charge
Il arrive que la personne soignante essaie de compenser pour la perte
des rapports normaux avec son proche en le surprotégeant. On fait
taire la douleur personnelle en prenant totalement en charge la vie de
son proche. Dans certains cas, la personne soignante, souvent la mère,
prend son rôle tellement à cur que le malade, souvent
un fils ou une fille adulte, se voit traité comme un enfant. Une
telle situation est non seulement dévastatrice pour la personne
soignante, mais elle devient une source de stress pour la personne atteinte
de schizophrénie. La personne soignante devrait avoir pour devise
: " Soigne avec modération. "
Les connaissances
Plus on en sait sur la schizophrénie, plus on se rend compte qu'on
n'est pas seul. Les principales maladies mentales, croit-on, ont une incidence
de 5 % (statistiques du United States National Institute of Mental Health).
À elle seule, la schizophrénie a une prévalence à
vie de 1 %. De bonnes connaissances vous équiperont pour faire
face à l'ignorance que vous pourriez rencontrer. Vous éprouverez
de la satisfaction devant votre capacité de transmettre les connaissances
acquises.
La nécessité de s'adapter à la situation
Quand une maladie grave frappe une famille, tout le comportement habituel,
bien connu de chacun, se trouve perturbé. Chacun doit s'adapter
à la nouvelle réalité. Comme la schizophrénie
est une maladie très étroitement liée aux sentiments
et aux perceptions, il est d'autant plus important que la famille réagisse
sans trop d'émotions. Il est aussi important que la personne atteinte
ne se sente pas abandonnée, parce que chacun se trouve si perplexe.
Tous les membres de la famille doivent se donner discrètement des
preuves de leur amour et de leur respect mutuels.
Remerciements
La WFSAD tient à remercier les nombreuses familles du monde entier
qui ont offert leurs suggestions pour ce feuillet.
©WFSAD par Diane Froggatt, 1987; revu en janvier 1999
L'ASSOCIATION MONDIALE DE LA SCHIZOPHRÉNIE ET DES MALADIES APPARENTÉES
(WORLD FELLOWSHIP FOR SCHIZOPHRENIA AND ALLIED DISORDERS)
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